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Courrier concernant les Oostvaardersplassen et “Rewilding” aux associations françaises pour la nature et la faune sauvage
Cher Monsieur /Chère Madame
En tant que gérants des associations Nos Amis Les Animaux 85480 (pour la protection animale) et Forests From Farms (pour la nature, la biodiversité et pour combattre le réchauffement climatique), nous avons été impliqués dans l'affaire de la réserve naturelle du parc naturel de l’Oostvaardersplassen aux Pays-Bas. Je suis d'origine néerlandaise et les gros problèmes inhérents à ce projet international qu’on appelle "Rewilding" ont attiré mon attention depuis des années. Avec cette lettre nous souhaitons vous faire part de ces problèmes dans le but d’éviter de les reproduire ici en France.
L'Oostvaardersplassen, récemment rebaptisé Park National Nieuw Land, est une réserve naturelle unique située entre Lelystad et Almere. Elle comprend 56 km² de marais et de champs protégés qui servent de zone de migration pour les oiseaux. Elle a acquis le statut de Natura 2000. Le parc Oostvaardersplassen est très souvent pris comme exemple de réussite du phénomène de "Rewilding". Malheureusement la réalité est tout autre.
En 1983, des Auroch de Heck on été introduits, suivis un peu plus tard par des Chevaux Konik, et plus tard encore en 1992 des cerfs ont été relâchés afin qu’on acquière de l'expérience avec des herbivores comme moyen d’entretenir le terrain par pâturage. Ces animaux se sont reproduits significativement. Pendant beaucoup d’années, il y a eu des plaintes de la part de la population locale mais aussi nationale à propos de la mauvaise gestion de cette réserve de la nature qui a conduit à la mort de milliers d'herbivores chaque hiver. L'hiver de 2017/2018 a été la goutte qui a fait déborder le vase. Plus de 60% des herbivores sont morts de maladie, de malnutrition, de faim. La cause principale était évidemment trop d'animaux dans un espace trop petit qui en plus est entouré par un grillage. Elargir le terrain n'était politiquement pas souhaitable.
Donc en 2018 les élus locaux ont changé de politique après pression de plusieurs associations. Pour réduire le nombre d'animaux, des chevaux ont été délocalisés et il y en a encore qui vont partir bientôt vers la Biélorussie. Et 3/4 des cerfs, 1745 au total, ont été chassés, ou plus exactement massacrés, entre décembre 2018 et avril 2019 (certains jours on a tiré plus d'une centaine de cerfs et de biches par jour). L'abattage des cerfs recommence en septembre. Si on ne trouve pas de solution plus humaine, ce sera un exercice qu'on va devoir répéter chaque année pour garantir que le nombre d'animaux reste stable. Cette situation a évoqué beaucoup d'indignation et d'horreur non seulement aux Pays-Bas mais aussi dans d'autres pays. Une pétition internationale a été lancée:
Et une vidéo a été publiée. (ci-dessous)
L’expérience des Oostvaardersplassen a nui au concept même de “Rewilding”.
Ici en France le phénomène de “Rewilding” devient aussi de plus en plus populaire. Evidemment nous soutenons complètement l'idée de laisser du terrain à la nature. Notre projet de Forests From Farms (Transformer d’anciennes fermes en Forêts http://forestsfromfarms.org/FR.php ) en est un bon exemple. Nous avons transformé un terrain de presque 4 hectares en forêt et nous voyons les avantages pour la nature, pour la biodiversité. Par contre, nous sommes de l'avis qu'il faut être très prudent et qu'on doit penser aux conséquences pour l’avenir si l’on introduit des herbivores dans des réserves naturelles sans soins et sans contraception. Le problème de l’Oostvaardersplassen vient du fait qu'il n'y avait pas de prédateurs dans cette réserve, à l’exception de l'homme. Le loup vient tout juste d'arriver dans l'est du pays. Une situation d'équilibre ne pourra donc jamais être atteinte, ce qui démontre l'importance de la présence du loup et de l'ours dans le cercle de la biodiversité. Malheureusement, le gouvernement français a procédé systématiquement à l’éradication du loup pour le plus grand plaisir des éleveurs et tout récemment le gouvernement a validé l’effarouchement des ours bruns des Pyrénées. Chasser et tuer ces animaux utiles nuit énormément à l'équilibre écologique des espaces naturelles.
A notre avis, les mauvaises expériences du projet de l’Oostvaardersplassen devraient être mieux connues et doivent fonctionner comme une sonnette d'alarme à tous les pays qui s'investissent pour l'instant dans de nouveaux projets de "Rewilding", et en particulier le relâchement d'herbivores comme les chevaux Konik, Auroch de Heck, ou d'autres herbivores dans des espaces naturels. S'il n'y a pas de prédateurs naturels comme le loup ou l'ours, un massacre inutile des animaux est malheureusement la solution de prédilection. Ensemble avec d'autres associations locales nous avons encouragé les élus néerlandais à trouver d'autres solutions, comme la contraception, ce qui est déjà pratiquée aux Etats Unis pour les chevaux sauvages. Mais, regrettablement, les élus considèrent que cette option n'est pas encore réalisable.
Nous vous prions de croire en nos sincères salutations,

Marit de Haan
Présidente de Nos Amis Les Animaux 85480 et de Forests From Farms